dana hilliot<p>Le pacifisme intégral dans l’entre deux-guerres. (1/2)</p><p>Au réveil, je me lance de manière assez évasive, en mode Sérendipité (en suivant des liens sur le net et dans des notes en bas de pages de bouquins d’historiens), sur la question des mouvements pacifistes dans l’entre-deux-guerres chez les intellectuels et politiques français.</p><p>Vaste sujet, casse-gueule s’il en est, et riche de parcours intellectuels surprenants, du point de vue d’un lecteur d’après la seconde guerre mondiale en tous cas. Dans les biographies de la plupart des personnages qui défendront, parfois jusqu’aux derniers instants précédant l’étrange défaite de 1940 – et parfois aussi jusqu’à devenir tout bonnement collaborationnistes, il y a l’expérience de la première guerre mondiale, qu’ils ont vécu en tant que soldats. Un traumatisme s’il en est. S’y ajoutent, notamment à gauche, des positions anticapitalistes (pas forcément exemptes d’antisémitisme, mais pas toujours), la fascination qui peut virer la répulsion (l’exemple de Doriot est flagrant) envers le régime communiste en URSS, mais aussi, comme avec la Ligue des Droits de l’Homme, des engagements indubitables contre le fascisme, voire contre le colonialisme :</p><p><a href="https://journals.openedition.org/chrhc/4269?lang=en" rel="nofollow noopener noreferrer" translate="no" target="_blank"><span class="invisible">https://</span><span class="ellipsis">journals.openedition.org/chrhc</span><span class="invisible">/4269?lang=en</span></a></p><p>Je n’ai pas lu l’étude d’Emmanuel Naquet, Pour l’humanité. La Ligue des droits de l’homme de l’affaire Dreyfus à la défaite de 1940, Presses universitaires de Rennes, 2014, 684 p., mais certain‧es d’entre vous en ont peut-être connaissance.</p><p><a href="https://boutique.ldh-france.org/livres/7-pour-l-humanite-la-ligue-des-droits-de-l-homme-de-l-affaire-dreyfus-a-la-defaite-de-1940.html" rel="nofollow noopener noreferrer" translate="no" target="_blank"><span class="invisible">https://</span><span class="ellipsis">boutique.ldh-france.org/livres</span><span class="invisible">/7-pour-l-humanite-la-ligue-des-droits-de-l-homme-de-l-affaire-dreyfus-a-la-defaite-de-1940.html</span></a></p><p>Bref, je croise des figures connues comme Jean Giono (et son pacifisme viscéral, y compris pendant l’occupation : « pour ma part j’aime mieux être Allemand vivant que Français mort » 1938), le passionnant, attachant et sincère anarchiste antimilitariste Louis Lecoin, auteur du fameux tract « Paix Immédiate » publié en 1939 (et signé par des pacifistes de toute obédience, comme Giono, Déat, Margueritte, Jeanson, etc.), et d’autres oubliées comme ce Félicien Challaye, vraiment fascinant. Un homme d’une culture remarquable, anticolonialiste (il continuera d’ailleurs à l’être même après la deuxième guerre mondiale), dreyfusard, proche de Péguy, puis admirateur de Jaurès, il voyagera dans bien des parties du monde colonisées en tirant notamment un article retentissant intitulé « Le Congo français » dès 1906 dénonçant les politiques coloniales.</p><p>Mobilisé et blessé lors des combats en 1915, il défend déjà une paix avec l’Allemagne (qui lui laisserait l’Alsace Lorraine). Il s’engagera ensuite dans la Ligue de défense des indigènes, la Ligue des Droits de l’homme, le Parti Communiste, Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, etc.</p><p>Les deux positions qu’il n’aura jamais cessées de tenir sont, d’une part son anticolonialisme, et d’autre part son pacifisme qu’on dira “intégral”. Il condamne le fascisme et le nazisme de manière claire, mais refuse d’idée d’un conflit avec Hitler ou Mussolini. « Si douloureuse qu’elle puisse être, l’occupation étrangère serait un moindre mal que la guerre. » (1933) et publie dès 1934 un livre (que je n’ai pas trouvé) : « Pour une paix désarmée même face à Hitler » (1934).</p><p>Sous l’occupation, on le retrouvera dans les parages du parti collaborationniste de Marcel Déat, ou dans la revue vichyste l’Atelier – avec d’autres militants ayant rejoint la collaboration en raison de leur position pacifiste (intégrale).</p><p>Et.. En creusant un peu au hasard, je tombe sur la très éphémère revue L’Espoir, qui ne connut qu’un seul numéro, publié en 1939. Dans le comité de patronage de la revue, on retrouve Challaye, Giono, Maurice Rostand, Margueritte… (qui ont peut-être aussi écrit des “poèmes” au sein de la revue sous des noms d’emprunt). Il s’agit, si j’ai bien compris, d’une entreprise (complètement lénifiante) d’appel à la poésie pour défendre la paix contre la guerre. On est en 1939. Inutile de dire qu’il n’y aura pas de numéro 2.</p><p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k992330h?rk=21459;2" rel="nofollow noopener noreferrer" translate="no" target="_blank"><span class="invisible">https://</span><span class="ellipsis">gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6</span><span class="invisible">k992330h?rk=21459;2</span></a></p><p>=> Voir les copies d’écran ci-joint.</p><p>Je vous laisse méditer sur ces documents.</p><p>Ci-dessous une remarque importante :<br>==>>></p><p><a href="https://climatejustice.social/tags/Pacifisme" class="mention hashtag" rel="nofollow noopener noreferrer" target="_blank">#<span>Pacifisme</span></a> <a href="https://climatejustice.social/tags/Collaboration" class="mention hashtag" rel="nofollow noopener noreferrer" target="_blank">#<span>Collaboration</span></a></p>